Exposition HORS LES MURS

SUBLIME - Face à la beauté éphémère

DIEresidenz a été invité de proposer une exposition hors les murs, au GAC, Groupe Art Contemporain à Annonay, du 12 décembre 2025 au 22 février 2026. L'exposition rassemble cinq artist.e.s drômois.e.s ainsi qu’une ancienne résidente chez DIEresidenz: Stéphanie Cailleau, Didier Hamey, Muriel Moreau, Paca Sanchez, Olivier de Sépibus et Evgenija Wassilew de Berlin.


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L’exposition Sublime - Face à la beauté éphémère est consacrée, par le biais de six positions contemporaines, au sublime dans la nature, qui bouleverse l’homme, lui fait retenir son souffle et l’incite à s’arrêter. Le sublime ne doit pas nécessairement contenir une horreur burkienne, il peut aussi être résolument beau. À une époque où les nouvelles choquantes nous submergent, nous devrions pouvoir nous laisser aller à la beauté, autoriser la beauté. Non pas dans un esprit d’évasion, mais pour puiser une nouvelle énergie dans la force et la beauté de la nature et - peut-être - s’élever en esprit, au sens schillérien du terme.
En même temps, le contact avec quelque chose de sublime nous fait prendre conscience - en référence à Theodor W. Adorno - de notre propre naturalité. De plus, le caractère éphémère et fragile des moments sublimes, reflété par les thèmes ou les matériaux des œuvres présentées, nous permet de faire l’expérience de notre vulnérabilité.

Les artistes réunis dans l’exposition ont des pratiques très différentes, mais leurs œuvres font chacune écho à la nature qui les entoure. Dans l’installation Water Fairy de Muriel Moreau, on est directement captivé par la brillance et les couleurs pastel. On croit encore deviner un parfum dans les pétales de roses en céramique, et les formes coralliennes, qui ne cessent de grandir, semblent animées, animales, issues d’un paysage marin imaginaire.

Dans les gravures extrêmement fines et détaillées de Moreau, on trouve également des mondes parallèles fantastiques, dans lesquels nous pouvons nous plonger dans une nature animée de manière panthéiste, pour peut-être nous rencontrer nous-
mêmes. L’artiste crée en effet de subtiles superpositions de paysages naturels avec des rêves et autres coordonnées cachées de l’être humain. Le lien étroit qui unit l’homme à la nature, à la terre et au cosmos, est un thème central des œuvres de l’artiste.

Dans les photographies grand format d’Olivier de Sépibus, nous rencontrons la nature de manière non moins poétique, mais dans une tonalité plus réaliste. Dans la série Parce qu’il coule en nous des glaciers nous sommes confrontés à un motif classique du sublime - les puissantes montagnes des Alpes qui nous submergent. L’accent de la série n’est toutefois pas mis sur la domination de la nature sur l’homme. Au contraire, les nombreuses images détaillées de la glace des glaciers annoncent la beauté et la fragilité.

Nous ne voyons pas les glaciers d’une perspective hiérarchique à vol d’oiseau ou d’une perspective effrayante en contre-plongée, comme dans les images d’actualité, mais de très près, « à hauteur des yeux ». C’est pourquoi nous ne pouvons guère nous orienter dans les images, ni classer les structures et les motifs inconnus des glaciers qui, avec leurs formes, leurs couleurs et leurs dimensions différentes, rappellent tantôt un champ de céréales, tantôt une peau d’animal ou un cours d’eau asséché. Olivier de Sépibus nous montre « l’être » du glacier qui est en train de « mourir en nous ». Le rapport de force entre l’homme et la nature se modifie. Notre humanité est passée du statut de petit homme à celui de force géologique, tandis qu’un fleuve ou un glacier est reconnu comme une personne morale (1).

Une autre dualité, celle de l’art et de la nature, est abolie chez Stéphanie Cailleau et son installation Sortie de terre. En effet, l’artiste utilise aussi bien des vêtements féminins imprimés de motifs floraux, que de la terre, des graines ou des racines, et collabore avec des micro-organismes actifs dans le processus de compostage, dont elle ne peut contrôler le travail que jusqu’à un certain point. Enfin, les figures en forme de colonnes gothiques qui en résultent sont certes des artefacts, mais elles hébergent également des plantes vivantes pendant l’exposition.

Dans Sortie de terre, nous sommes confrontés à d’étranges vis-à-vis sans tête, vêtus de belles et fines robes en dentelle, dont le bas semble se fondre dans le sol. Les personnages dépassent la mesure humaine, ce qui nous irrite, nous met peut-être mal à l’aise ou nous rend révérencieux, mais nous fait en tout cas lever les yeux. Nous pouvons y faire une expérience physique sublime : En regardant vers le haut, en ouvrant notre poitrine et nos épaules, nous nous ouvrons à notre environnement et devenons plus réceptifs à notre monde extérieur, ici les trois silhouettes, personnifications de la nature, qui nous parlent du cycle éternel de la vie.

Tout à fait en accord avec les travaux de Cailleau, on trouve dans l’éthymologie du mot sublime les adjectifs ‘élevé, haut’ d’après le latin sublimis. Au sens figuré, le terme sublime désigne également le sub-lime (du latin limes : limite), ce qui se trouve en dehors des limites humaines, ce qui est indicible. Evgenija Wassilew explore des phénomènes acoustiques insaisissables par l’homme dans des enregistrements acoustiques performatifs, qui constituent la base de ses installations sonores et de ses dessins et monotypes.

Pour ce faire, l’artiste se rend dans la nature avec un enregistreur portable, un transducteur tactile qu’elle tient dans la paume de la main, un ampli portable et une radio AM. Elle provoque des feedbacks acoustiques et capte des ondes radio qui interfèrent entre elles dans l’environnement. Wassilew dessine avec le son. Les ondes parasites qu’elle enregistre frôlent souvent la limite de l’audible, évoquant des acouphènes ou des sons d’insectes insolites.
Une fois visualisées sous forme de spectrogramme, ces ondes sinusoïdales se miroitent, se doublent et s’entrecroisent, formant des dessins étonnants. Imprimée sur une surface lisse et transférée à la main sur papier, l’image est retranscrite par des gouttelettes d’encre ou par frottage partiel sur le papier. Ces monotypes recomposent une image de l’éphémère, du caractère insaisissable du son et de la frontière fragile entre le réel et l’hallucination.

Paca Sanchez a toujours utilisé des matériaux bien réels pour ses œuvres avec des plantes séchées. Depuis les années 1980, l’artiste d’origine espagnole expose le végetal, le pose sur un piédestal, encadre la nature pour que nous prenions le temps de la regarder à nouveau, autrement. L’artiste nous montre des extraits de la nature, dans des arrangements minimalistes, moins classificatif que Herman de Vries le fait, mais dans le même esprit de l’arte povera. La nature encadrée de Paca Sanchez est soigneusement composée, souvent selon des formes géometriques simples.

Paca Sanchez résume : « Le végétal me dit ce qu’il peut faire, je ne veux pas le contraindre, le tordre dans tous les sens pour lui donner une forme. Ce qui est essentiel dans ma démarche c’est la recherche de la simplicité du geste juste dans le respect. L’objectif est d’ensemencer notre terreau émotionnel. » (2)

La beauté de la nature submerge le spectateur dans les gravures rouges de Didier Hamey qui nous présente les plus précieux trésors de la nature, notamment les fleurs. Alors que l’artiste avait auparavant réalisé des théâtres naturels dans lesquels des Bonhommes, d’énigmatiques hybrides hommes-plantes, jouaient le rôle principal, Hamey grave, dans la série Fiorii, de portraits de lys, de tournesols, d’orchidées... sans aucun décor de théâtre. Les fleurs parfaites sont isolées, dans un néant, déjà mortes, car coupées, ou plutôt déjà dans un stade au-delà. La couleur rouge les rend abstraites, leur donne une aura propre (féminine ?), une élégance élevée et une luminosité qui focalise de toutes ses forces un memento mori. 

Parfois, de petits hybrides artificiels, créées par l’artiste pour ses formes et pour s’amuser, se cachent même ici en scène. Les frontières de la vie sublime sont tombés tanto dans les arts tanto dans les sciences. Dans l’œuvre de Didier Hamey, nous trouvons toujours des notes humoristiques du mystère, du carnavalesque pour ne pas souffrir trop face à la nature éphémère du vivant.

Conny Becker, 2025


1 En 2017, par exemple, trois fleuves en Inde et en Nouvelle-Zélande (et leurs glaciers) étaient reconnus comme des personnes juridiques/morales. Ce sont toujours des exceptions, néanmoins jusqu’à février 2025, 67 initiatives européennes ont été actives pour faire progresser les droits de la nature – voit https://ecojurisprudence.org.

2 Paca Sanchez à l’occasion de son exposition à imprints Galerie, Crest, en 2012, www.cnap.fr/paca-sanchez

Les entremêleuses

Dans l'ancienne draperie devenue cave Girard sont exposées des œuvres de deux artistes dioises travaillant le textile, le fil et le féminin. Stéphanie Cailleau fait fusionner des robes, des tabliers aux motifs floraux et des végétaux vivants où artefact et nature deviennent inséparables pour former des costumes surréels. Un hommage aux agricultrices, à la fécondité de la nature, à la résistance et au renouveau féminin.

Lynn Pook présente une installation sonore et visuelle, tissage délicat de fils de cuivre et de paroles de femmes de différents pays que relie la pratique du nœud, du lien à travers le tricot, le tissage, le crochet. C'est un chœur d'histoires de vie de femmes à la fois communes et singulières qui fait apparaître leur réseau humain, leurs liens de transmission de savoir faire.  

Organisé par Conny Becker/DIEresidenz pour les Journées du Matrimoine et  Matrimoine-en-Diois 

Vernissage: vendredi 18 septembre 2020, à partir de 19h
Visite : samedi 19 et dimanche 20, 10-18h
Lieu : Cave Girard, rue des Aqueducs, Die
image: Stéphanie Cailleau

Matrimoine-en-Diois est porté par l’association Le Paradoxe du singe savant (Die) avec le soutien du programme ‘Mémoires du 21e siecle’ DRAC AURA/Région AURA, de l’aide ‘Patrimoine Innovant’ de La Drôme, de la Délégation départementale aux droits des femmes et à l’égalité et de la Mairie de Die. Les Journées du Matrimoine sont l’initiative du Mouvement H/F.




Dr. PONG  n°2
Soirée ping-pong tournant, DJ, bar

Avec impressions de Sari Brunel
et DJ NeoSoulKid

Vendredi 10 Juillet 2020, à partir de 18h jusqu'à tard
Amenez à boire et à manger et vos raquettes si vous en avez !*
Enfants et ami.e.s des ami.e.s bienvenu.e.s !

* On a des raquettes et de la bière en réserve...




Dr. PONG  n°1
Soirée ping-pong tournant, DJ, bar

Avec dessins de Aymeric Hainaux

Vendredi 12 Juin 2020, à partir de 18h jusqu'à tard
Amenez à boire et à manger et vos raquettes si vous en avez!*
1150 Chemin du Pont des Chaînes, Chénos, DIE

* On a des raquettes et de la bière en réserve...

Sylvain Bissonnier, Pharmazie, 2016

Catalogue de Sylvain Bissonnier (2021)

Le repos émouvant 

«On ne peint plus des natures mortes», dit Sylvain Bissonnier, parce que ce n’est plus au gout du jour. Et pourtant, il les peint encore et encore depuis des années, ce qui fait de lui en 2021 un artiste aussi contemporain que les artistes VR*. Car que faisons-nous d’autre depuis plus d'un an, que de regarder – tout comme lui – encore et encore les mêmes objets dans notre appartement? À la différence près que cette activité nous épuise assez rapidement, car nous manquons de débouchés créatifs, nous ne pouvons pas traduire ce qui précède en quelque chose de nouveau, le prosaïque en poésie.  

C'est peu à peu que Sylvain Bissonnier s’est approché de la nature morte. Venant de la danse, du théâtre et de la fabrication de marionnettes, les corps humains dominent d’abord ses dessins et, à partir de 2010, aussi la peinture: des corps qui, comme ceux des œuvres d'Egon Schiele, semblent émaciés, tordus, voire torturés. Comme Schiele, Bissonnier travaille avec un contour fort, par contre, on ne trouve pas de portraits chez lui. Ses corps ont un air anonyme, interchangeable. Les têtes sont effacées, censurées par la peinture, ce qui deviendra caractéristique de l'œuvre de Bissonnier.  

Déjà dans ses premiers tableaux, le peintre invite la couleur à couler sur la toile dans des zones choisies, afin de donner à la peinture, à la matière, la priorité sur l'illusion de la représentation. Bissonnier a sûrement emprunté ce dispositif stylistique au surréaliste Dado, autre référence artistique connue pour des compositions exubérantes, qui semblent se refléter dans la série plutôt abstraite Carcasse de 2013/14.  

Après avoir peint de façon abstraite pendant environ trois ans, Bissonnier a commencé en 2014 une série de natures mortes. Les compositions sont devenues plus ordonnées, les couleurs pop faisant place à un spectre réduit de tons délavés et impurs. La nature morte de Bissonnier transmet un silence réconfortant et suggère le travail de Giorgio Morandi, qui, également dans un petit atelier, a peint des bouteilles, des vases et des cruches, encore et encore.

L'œuvre de Bissonnier comprend de même des ustensiles banals du quotidien tels que bouteilles, verres, canettes, bols – blottis les uns contre les autres, alignés horizontalement, sur un support non défini et devant un fond également ouvert. Le spectre de couleurs est dominé par le bleu, le marron et le blanc; d'autres couleurs comme le jaune d'un œuf cassé ou le rouge d'un gant en caoutchouc mettent des accents de composition qui laissent les yeux vagabonder, apportent du mouvement dans la nature morte et agissent comme des entités autonomes communiquant les unes avec les autres.  

L'impression de mouvement est renforcée lorsque, comme sur Noctambule, 2019, le peintre compose un tableau à partir de deux toiles qui ne sont pas exactement de la même taille et sont légèrement décalées l'une de l'autre. De ce fait, la composition est un peu décentrée, ce qui la fait paraître plus vivante, mais aussi plus fragile. De plus, Bissonnier travaille avec un trait de contour dynamique qui contraste avec les couleurs fanées et sales. Les objets oscillent ainsi constamment entre leur apparition et leur effacement.  

Dans l'œuvre de Bissonnier, l'encre noire fait référence à la littérature ainsi qu'à la calligraphie et à la bande dessinée. Les objets légèrement penchés, parfois tordus, bosselés, semblent (ré)animés par le trait volontaire, dont ils reçoivent quelque chose de ludique ainsi que leur propre autonomie. Les objets mis en scène ne sont pas élégants, mais anciens, usés et ne conviennent pas comme décoration. Et c'est exactement pourquoi ils nous sont proches, pourquoi ils nous émeuvent. Il semble que les œuvres aient quelque chose de très humain, malgré ou à cause de l'absence d'humains. 

Cependant, certains objets, comme une bouteille en plastique bosselée, présentent des signes d'usure concrets, renvoyant ainsi indirectement à l'être humain, sans qui les natures mortes de Bissonnier ne peuvent être imaginées. Parce qu'il y a toujours des indications que quelqu'un a récemment quitté la scène: l'œuf fraîchement cassé, un reste de café dans le verre ou un vêtement qui traine dans la pièce. Et les pinceaux et les pots de peinture, qui convoquent désormais la peinture en termes de contenu et renvoient peut-être à l'un des absents, l’absence du peintre?  

Dans Demain il fera beau, 2016, par exemple, le pinceau figuré de façon réaliste, qui vient de peindre abstraitement la surface adjacente, semble avoir été placé là à l'instant dans ce verre – seulement indiqué par un contour rapide. Les couches de réalité se chevauchent, tout comme les différents styles de peinture, et à ce stade la spatialité devient également surréaliste. Cette dernière se manifeste généralement dans l‘arrière-plan, dans lequel une ligne d'horizon mène à un paysage mental abstrait, révélant une vue sur la mer à la Magritte (Pharmazie, 2016, derrière un verre à encre peint de manière très réaliste) ou d'un paysage marin nocturne à la Monet (Œuf au plat et mauvais temps, 2020).  

Ainsi la peinture de Sylvain Bissonnier se présente comme un jeu de dupes entre nature morte, autoportrait et paysage, ici graphique, là picturale, parfois naturaliste, parfois abstraite – avec, de temps en temps un titre humoristique, quand les tons de couleur et l'ambiance deviennent trop sombres et que nous risquons de devenir trop émotifs. 

Conny Becker



*Virtual reality